Comme tous les matins, la Vie parcourait la plage de long en large. Elle aimait cette promenade matinale, aspirait à pleins poumons l'air pur et frais. Elle aimait sentir le vent sur sa peau d'écrire ses voyages à l'encre fine de l'embrun, la couvrant d'un voile humide et étincelant. Mais sous cette aube là, quelque chose lui parut différent. Le vent lui griffait la peau à coup de grains de sable, elle ne sentait plus la fraîcheur habituelle. Son regard se porta alors en direction de l'océan. Où donc étaient passées les vagues? Ces peintres qui dessinaient et redessinaient sans relâche les contours de son corps. Ils avaient déserté le rivage blond sablonneux. Elle pouvait encore percevoir à l'horizon quelques faibles remous. Les traits d'écumes se battaient, tel un bouclier de mousse entre ciel et terre. Elle, qui était là depuis si longtemps qu'elle ne se souvenait plus du commencement, comprit alors soudain que son tour était venu. Son temps lui ét...